L’auteur

Bonjour Seth, pourriez-vous vous présenter ?

Oui, bien sûr. Comme ne l’indique pas mon pseudonyme, je suis tourangeau, né dans une ville médiévale où nombre de bâtiments se dévoilent entre les XIème et XVIème siècles. Mon ancêtre y est arrivé de Hongrie en 1792. Le prénom choisi, en revanche, ne fait pas référence au dieu égyptien, mais plutôt au troisième fils de nos illustres ascendants (vous savez, la dramatique histoire avec une pomme !) ; le seul qui ait réussi ! Soyons modeste : je ne suis pas un écrivain, mais un auteur ; je ne fais pas de la littérature, je raconte des histoires…

Et avant de devenir vous-même auteur, quels étaient vos genres et écrivains de prédilection ?

Je suis tombé dans la SFFF à mes dix-sept ans où, interne d’un pensionnat au début des années 80, je me morfondais et suffoquais lentement. Les « classiques » imposés en première et terminale invitaient peu à l’évasion, et c’est la littérature de l’étrange et de l’imaginaire qui m’a aidé à faire le mur… J’ai rapidement commencé à amasser et à dévorer les livres de poche, notamment des collections J’ai Lu et Denoël (achetés chez un bouquiniste), qui à chaque fois enflammaient mon imagination et m’embarquaient… ailleurs ! L’Oreille interne de Philip K. Dick, Les Robots d’Isaac Asimov, Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, ou encore L’Affaire Charles Dexter Ward d’Howard P. Lovecraft comptent parmi mes premiers émois et enthousiasmes, auxquels on pourrait ajouter les œuvres dérangeantes d’A. Van Vogt ou d’Ira Levin, les romans épiques de R. Heinlein et de M. Moorcock, et les textes exigeants de C.J. Cherry ou poétiques de Cordwainer Smith et R. Bradbury. Parmi tant d’autres… Plus tard, je découvrais J.R.R. Tolkien (comment s’appelle cette petite trilogie, déjà ?) en français et en anglais, que j’ai dû lire plus de vingt-cinq fois ! Mais mon auteur favori restera pour toujours le maître Jack Vance : de La Geste des Princes-Démons en passant par Le Cycle de Tschaï, sans oublier Les Chroniques de Durdane ou la série des Cugel, toute son œuvre est flamboyante, truculente, humoristique, détaillée, bref, passionnante ! Pour moi, il est LA référence incontournable.

Quand avez-vous commencé à écrire ?

C’est une vocation qui commence tardivement. Au départ, j’avais énormément d’idées… courtes ; assez pour en faire une nouvelle mais insuffisantes pour un développement en roman. J’ai donc commencé par la nouvelle, par laquelle j’ai eu la chance d’être parfois distingué lors de concours. Et un jour, alors que je répondais à un appel à texte pour une histoire courte, mes personnages ont pris le dessus et m’ont tordu le bras : arrivé à l’échéance des « cinq pages maximum », ils se sont aperçus qu’ils avaient encore énormément de choses à faire, à dire et m’ont séquestré pour que je poursuive leurs pérégrinations médiévales sur plus de trois cents feuillets ! Le tome un de la Chronique d’Evariste était né, à ma grande surprise. Elle est restée pendant près de dix années au fond de mon ordinateur, où je la triturais, la remaniais sans cesse, tel un artisan besogneux. Timidement, un deuxième tome se profilait en parallèle, dicté par ces tyrans de personnages hantant mon esprit… C’est grâce à l’opportunité du « grand confinement » de 2020 que j’ai sauté le pas, obéissant à leur souhait d’explorer le monde (et fatigué de changer un mot, de modifier une expression, d’inverser un paragraphe…) pour publier pour la première fois, en autoédition. S’ensuivit rapidement le deuxième    volume            puis, comme ils me harcelaient encore et toujours pour un ultime et sanglant épisode, un troisième tome vit le jour. Cet arrêt

forcé a été particulièrement productif, puisqu’à la suite de cette trilogie d’aventure médiévale, j’ai écrit, dans un tout autre registre, un roman contemporain se déroulant dans la seconde partie du XXème siècle. Ce Destin Singulier d’Ernest met en scène un mystérieux faussaire se débattant pour survivre entre le Paris occupé, les camps de concentration et les plantations du Costa Rica… Une histoire sombre mais jubilatoire d’amour et de vengeance. Enfin, plus récemment, j’ai enchaîné avec un genre que j’adore : la fantasy ! Rôliste depuis des décennies, j’ai adoré endosser l’esprit d’un nain albinos et misanthrope pour Braalor le Nécromancien, mon petit dernier (Oups, pardon Braalor !), un roman hors-série se déroulant dans l’univers du Cycle de Barcil, créé par J.M Dopffer.

Quelle ambiance de travail stimule votre créativité et vous aide à rester concentré ?

Je tire mon chapeau à tous les Hugo, Dumas, Balzac et autres grands écrivains passés, qui noircissaient compulsivement des pages d’écriture, puis les raturaient, les supprimaient et réécrivaient toutes leurs œuvres des dizaines de fois parfois, tout ça à la plume ou au crayon. (C’est pour cela qu’ils sont toujours au panthéon des écrivains !) Je suis bien trop paresseux pour cet exercice. Sans ordinateur, point de salut pour moi. J’écris assez lentement (une à deux pages par session), dans le calme, mais j’essaie toujours d’être précis dès le départ. Le traitement de texte me permet d’inverser des phrases, de les couper et les réserver « pour plus tard », de trouver le mot approprié… Aussi, il peut m’arriver de rester coincé sur un paragraphe pendant une heure, pour trouver le parfait enchaînement, ou la réplique qui fera mouche… Difficile de démarrer le matin, en revanche ; les après-midis, voire les soirées, sont plus favorables à la création. D’ailleurs, il m’arrive parfois de trouver l’inspiration au moment de m’endormir, lorsqu’une fulgurance vient me frapper en vue d’une future péripétie romanesque, ou pour débloquer une situation… Pourvu que je m’en souvienne le lendemain matin ! Une nouvelle policière dans le recueil Plus Forte sera la Chute m’a ainsi été dictée en une nuit.

Vous lancez-vous parfois dans des recherches qui peuvent vous amener à voyager en France, voire à l’étranger ?

La précision et l’exactitude des lieux ou des faits historiques ont toujours été au centre de mes préoccupations (sauf pour les romans de fantasy, bien sûr). Pour la Chronique d’Evariste, par exemple, j’ai fait d’intensives recherches sur les templiers et la vie au début du XIIème siècle. Mes personnages prennent vie,  subissent les événements de leur temps et y réagissent, dans un cadre d’exacte vérité. Les lieux fréquentés ont tous

existé (certains perdurent) et j’ai été amené à m’y rendre pour la grande majorité d’entre eux. Pour

Le Destin Singulier d’Ernest, j’ai visité le Costa Rica avant de le mettre en scène. En revanche, même si j’ai été à Auschwitz, je me suis appuyé sur un grand nombre de témoignages pour y décrire « la vie » dans les camps ; dans ce dernier, ainsi qu’à Sachsenhausen, particulièrement. On ne peut pas toujours imaginer l’inconcevable…

Quelle est votre position face au livre numérique ? Quid du livre audio ?

Au risque d’enfoncer une porte ouverte, force est de constater que le livre numérique a le vent en poupe depuis plusieurs années. Ce nouveau support, même s’il est peu rémunérateur pour les auteurs, (et à fortiori encore moins pour les éditeurs) a l’avantage, je pense, de pouvoir faciliter la découverte de nouvelles plumes. Vu son prix, le lecteur sera moins hésitant à acheter un ouvrage d’un auteur moins connu, quitte à l’abandonner s’il n’est pas satisfait… Personnellement, je suis plus attaché à l’ouvrage papier (cf. mes plus de six cent romans SFFF !) que je ressors parfois pour relecture. On a souvent aussi une œuvre d’art entre les mains, avec une belle image de couverture ; il se transmet plus facilement car il fait partie de votre patrimoine, de votre héritage ; il évoque surtout le moment particulier où on l’a ouvert pour la première fois. Et puis, le livre papier, on peut le dédicacer ! En ce qui concerne le livre audio, je suis moins enthousiaste… L’auditeur n’est pas aussi captif que le lecteur ; il se laisse distraire ou fait autre chose en même temps; volage, il est moins attentif aux mots employés, aux expressions utilisées. Pour être totalement immergé dans l’histoire, il faudrait, selon moi, avoir autant de narrateurs que de personnages. Pas certain que ce soit le cas… Mon conseil : si vous n’êtes pas non-voyant, privilégiez la lecture.

Parlez-nous de votre dernier roman : La Geste de Lendira : Port-Xanthor.

C’est un pur roman de fantasy qui pourrait se dérouler dans l’univers Donjons & Dragons. On y suit les aventures de Warygar, un spadassassin de la Guilde de l’Épine Sanglante de Port-Xanthor, charmant port de pêche et de commerce. Il va être confronté à des missions périlleuses qui le mèneront loin de sa zone de confort, à affronter une secte maléfique, des morts-vivants, des hommes-serpents, des araignées géantes et bien d’autres monstres… Magie, combats épiques, humour et amour s’enchaînent dans ce pageturner, avec de l’action garantie toutes les dix pages au minimum, portée par des personnages attachants et hauts-en-couleur ! En filigrane, le lecteur perspicace y décèlera quelques réflexions sur le pouvoir de la transmission, la difficulté de l’intégration ou encore le poids des traditions… Je suis ravi que les Éditions Moulin l’aient choisi et le représentent ; j’espère qu’il trouvera vite son public.

Et quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement sur la suite des aventures de Warygar. On y retrouvera certains des personnages emblématiques du premier tome, dans des régions encore plus exotiques. Mon héros va devoir traverser une nouvelle partie de Lendira pour s’assurer une descendance. J’espère pouvoir partager cela avec les lecteurs en 2025.